Mutualisation de branches N°4

 

 

Interview de Philippe ABERGEL, Délégué Général du SYNPASE

 

Philippe ABERGEL est, depuis janvier 2008, Délégué Général du Synpase, un des deux syndicats d’employeurs (avec la Ficam côté audiovisuel et cinéma) composant la branche des Entreprises Techniques au Service de la Création et de l’Evènement.

 

 

 

1 – Pouvez-vous vous présenter ainsi que la branche ETSCE ?

Après avoir débuté ma carrière en tant qu’assistant parlementaire, j’ai pris la direction du Synpase en 2008, au moment de la signature de la Convention collective des Entreprises Techniques au Service de la Création et de l’évènement, celle-ci étant applicable à toutes les entreprises dont l’activité principale est la mise en œuvre des techniques du spectacle (sonorisation, éclairage, vidéo, décors, etc.).

Notre branche a la particularité de réunir deux secteurs : la prestation technique pour le spectacle vivant et l’évènement, représentée par le Synpase, et la prestation technique pour l’audiovisuel et le cinéma (spectacle enregistré), représentée par la Ficam. Ces entreprises peuvent travailler pour des clients très divers car toute manifestation / évènement comporte aujourd’hui de la sonorisation, de l’éclairage, de la vidéo….

Notre branche réunit environ 1 200 entreprises réalisant un chiffre d’affaires global d’environ 2 milliards d’euros, et employant près de 20 000 salariés en ETP.

 

2 – Comment est organisé le dialogue social au sein de la branche ?

Suite à la dernière mesure de représentativité de 2016, les employeurs sont représentés par les deux syndicats professionnels précités, et les salariés sont représentés par la CFDT, la CFTC et la CGT. La Convention collective s’articule donc autour d’un tronc commun et de deux annexes spécifiques reprenant les dispositions spécifiques pour le Spectacle Vivant d’un côté, et pour le Spectacle Enregistré de l’autre. Nous avons une CPPNI qui se réunit chaque mois, et nous signons des accords sur tous sujets d’actualité afin d’apporter le plus de services possibles aux entreprises et aux salariés.

 

3 – Depuis 11 années que vous êtes en charges de l’un des deux syndicats d’employeurs de la branche, quels sont les chantiers que vous avez abordés / préférés / moins appréciés ?

Par principe je suis curieux, tous les sujets m’ont donc intéressé !

Les premiers sujets que nous avons abordés sont la prévoyance (en 2009) et la santé (en 2010), puis nous avons signé l’un des premiers « accord senior » en France.

Nous avons ensuite en 2013, 5 ans après l’extension de la Convention Collective, réalisé un gros travail de toilettage des grilles de fonctions avec création de définitions pour chacune d’elles. Cela nous a permis d’inscrire ces fonctions dans le cadre d’une politique RH pour les entreprises de la branche, de par la progression d’échelons sur chaque famille de métiers.

Nous avons ensuite fait le choix d’être accompagné par un cabinet de conseil pour clarifier les enjeux les plus techniques, mieux comprendre les risques et faciliter le dialogue social. Ce cabinet nous a permis d’aborder des sujets complexes, comme le Degré Elevé de Solidarité désigné (au sens du 4ème alinéa du L912-1 du code de la Sécurité Sociale) avec notre labellisation, ou encore de mettre en place un accord de branche sur l’épargne salariale en 2019 pour profiter des avantages de la loi PACTE.

 

4 – Vous avez organisé le rapprochement de différentes branches qui vous ont rejoint (notamment les Propriétaires-exploitants de chapiteaux et les Agences de mannequins). Quels sont les facteurs du succès ?

Tout d’abord une posture et une attitude : nous sommes proactifs mais sans volonté hégémonique. Nous avons un dialogue social de qualité que nous souhaitons maintenir avant tout, le but étant de réunir des personnes de bonne volonté qui voient leur intérêt à se rapprocher de nous. Cela pourra leur permettre de bénéficier de services qu’ils n’avaient pas auparavant ainsi que d’une visibilité accrue.

Le point important est bien sûr celui de la cohérence des métiers et des modèles économiques et sociaux. Nous avons un ADN et des clients communs, qu’il s’agisse en l’occurrence de producteurs de spectacle ou de grandes enseignes du secteur de la mode.

Concernant les chapiteaux, j’avais été contacté il y a quelques années par la DGT pour que leur convention collective, non étendue, rejoigne notre champ conventionnel. Ceci n’était pas mûr à l’époque, mais le mouvement de rapprochement des branches a changé le contexte et nous avons pu avancer rapidement et en bonne intelligence. Le fait de nous rejoindre permettra à l’ensemble des structures qui composent ce secteur de bénéficier d’une CCN étendue.

La réussite de cette fusion est ainsi basée sur la cohérence des métiers, mais aussi les enjeux sociaux, nos deux secteurs étant composés de prestataires de services de l’évènement et du spectacle au sens large, avec des salariés qui ont des missions temporaires.

En bref les facteurs du succès sont : parler la même langue, se comprendre, et laisser à chacun la possibilité de faire valoir ses spécificités.

 

5 – Comment voyez-vous les sujets de mutualisation dans ce nouvel ensemble ? (Lesquels, opportunités, points de vigilance)

Le mouvement de rapprochement des branches est une opportunité pour l’ensemble des organisations patronales et salariales, dans le sens où elle forcera chacun dans un second temps à rationaliser leur fonctionnement. Il n’est sans doute pas toujours utile que X juristes travaillent sur les mêmes fiches par exemple.

La protection sociale est également un élément clef à mutualiser pour réduire les coûts des entreprises et des salariés.

Par ailleurs, le Synpase a par exemple mis en place une centrale d’achats, et ceux qui nous rejoignent pourront, s’ils le souhaitent, en bénéficier.

Concernant les points de vigilance, l’essentiel est l’équilibre à trouver entre mise en commun et respect des spécificités de chacun.

 

6 – Comment préserver l’indépendance de chacun tout en mutualisant ?

C’est une question centrale sur laquelle nous travaillons. Il existe plusieurs modèles possibles en fonction des enjeux de gouvernance poursuivis. Cela doit passer par des accords de méthode qui permettent de maintenir le poids politique de chacun. Il y a un équilibre subtil à trouver entre mutualisation et prise en compte des attentes de chacun.

 

7 – Avez-vous envisagé la création d’un centre de services partagés ?

Oui le sujet est en cours de réflexion mais dans le respect des prérogatives de chaque structure. La solution du centre de services partagés est une solution pour concilier mutualisation et indépendance, avec des services « à la carte » en fonction du niveau d’intégration souhaité par les différentes parties. Ce centre de services partagés pourrait être une structure proche de la branche, pouvant éventuellement être lié à une fédération, mais cela constituera une seconde étape en fonction des attentes de chacun pour l’avenir.